Comment habiter sans dominer ? Comment reconnaître la puissance d’agir du non-vivant, la roche, le courant, le relief ?
L’archipel offre une réponse possible : ni continent unifié, ni isolement absolu, mais une constellation de terres reliées par ce qui les sépare.
Cette fascination pour l’archipel comme forme trouve ses sources dans deux univers cartographiques.
D’abord, les îles de Terremer d’Ursula Le Guin, où chaque île constitue un monde à part entière. Les personnages se déplacent fréquemment à travers l’archipel, portés par les mers intérieures qui ignorent les frontières. Ils incarnent des traversées à la fois physiques et métaphoriques, entre les îles et les cultures de Terremer.
Puis L’Atlas des îles abandonnées de Judith Schalansky, catalogue de géographies fantômes dont il ne subsiste que la trace cartographique.
Ces deux livres m’ont donné à voir l’île non comme un isolement, mais comme un point de relation dans un réseau plus vaste. Mes sculptures de papier prolongent cette intuition. Je découpe, assemble et martèle le papier pour créer des reliefs sans échelle. Les courbes de niveau, les embouchures, le trait de côte deviennent des seuils entre deux états du monde. Dans certains cas, les archipels sont réunis, proches les uns des autres. Dans d’autres, ils sont peut-être engloutis, affleurant à peine. Chaque île maintient son intégrité tout en participant d’un ensemble plus vaste. L’eau circule, relie, infiltre, dessinant une écologie relationnelle où l’imagination navigue librement entre des territoires mentaux plus que topographiques, des géographies intérieures où tout ce qui émerge ou disparaît peut encore nous faire dévier de notre route.





















