Mon installation en Normandie a constitué un point d’ancrage pour ma pratique. Ce territoire est devenu un espace d’observation et de travail, à partir duquel j’ai commencé à étudier les plantes adventices, les graines, les cycles naturels, ainsi que les paysages fluviaux et côtiers. Cette expérience a progressivement orienté mon travail vers une attention aux formes du vivant et aux dynamiques qui traversent les milieux.
Mon travail explore les relations entre le vivant, le non-vivant et les territoires. Plantes, graines, cours d’eau, reliefs ou lignes de côte ne sont pas abordés comme des motifs, mais comme des entités actives, porteuses de transformations, de mémoires et de récits. À travers l’observation et la transformation de ces formes, je cherche à rendre perceptible leur présence, leurs interconnexions et leur fragilité.
Cette recherche interroge notre manière d’habiter le monde. Elle s’inscrit dans une réflexion sur les liens entre humains et non-humains, et sur la nécessité de déplacer notre regard pour sortir d’une vision anthropocentrée. Les formes du vivant, souvent marginales ou peu visibles, deviennent des points d’attention capables de faire émerger d’autres récits des territoires.
Mes questionnements portent sur les notions de cohabitation, d’interdépendance et de transmission. J’envisage le vivant comme une parenté élargie, une « famille » qui dépasse les catégories biologiques, sociales ou culturelles. Cette approche me permet d’explorer des relations multiples entre formes humaines et non-humaines, et les récits qu’elles produisent.
Mon travail se développe dans des zones intermédiaires, entre reconnaissance et abstraction, présence et absence, vivant et non-vivant. Ces espaces donnent lieu à des formes ouvertes, parfois ambiguës, qui laissent place à l’interprétation. Il ne s’agit pas de représenter le réel, mais d’en proposer une lecture sensible, où se croisent observation, savoirs scientifiques, récits philosophiques et expériences personnelles.
À travers mes installations et mes images, j’invite le regardeur à ralentir et à observer autrement. Mon intention n’est pas de transmettre un message univoque, mais de provoquer un déplacement du regard, une attention renouvelée aux formes, aux rythmes et aux relations qui composent notre environnement.
L’enjeu est à la fois poétique et politique : imaginer d’autres manières de « faire avec » le vivant, d’habiter les territoires et de penser nos alliances. En ouvrant des espaces de projection et de résonance, mon travail interroge nos responsabilités, nos héritages et les récits que nous construisons collectivement.