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Démarche artistique

Représenter le vivant, ses formes, ses structures, ses territoires, non pour le capturer, mais pour apprendre à le voir. C’est depuis ce mouvement lent, presque imperceptible, que ma pratique prend forme.

Je cherche une filiation avec le monde qui m’entoure.
Une parenté élargie : une écologie du lien où chaque être occupe une place irréductible depuis laquelle il agit, interagit, influence et se laisse influencer. Mon travail cherche à déplacer le regard, ne plus contempler la nature comme un décor, mais la reconnaître comme un sujet, doté d’une agentivité propre, d’une valeur qui ne se mesure pas à son utilité pour l’humain. Entre le végétal et le minéral, entre l’organique et le géologique, les séparations que nous tenons pour évidentes se révèlent poreuses. Appréhender le monde comme un continuum fertile, c’est reconnaître la circulation du vivant au-delà de ces démarcations.

Le papier est au centre de tout.
Matière organique dérivée du végétal, il est comme une peau, sensible, poreuse, qui respire, absorbe, porte les traces du temps. Associé au stuc ou au plâtre, il subit une hybridation qui le rend presque calcaire, semblable à une roche ou à un sédiment. En travaillant avec des processus de stratification, de sédimentation, d’érosion, je laisse s’inscrire dans la matière les dynamiques que l’on observe dans la nature. Les encres, la gouache, les tanins ne sont jamais simplement déposés : ils imprègnent la fibre comme des fluides organiques, font corps avec elle. Le geste lui-même, précis, attentif, patient, relève d’une éthique du care, qui est aussi la relation que nous devrions entretenir avec le vivant.

Ce que ce travail cherche à produire, c’est un trouble : faire osciller ce qui est vu entre le minéral et l’organique, faire advenir ce qui échappe au premier regard : ce qui n’apparaît qu’en s’approchant, qu’en prenant le temps, la vie et son mouvement perpétuel. Ouvrir un espace où d’autres manières de voir, et peut-être de vivre, deviennent possibles.